Le Goûter matrimonial, le lundi de Pentecôte

La fête du Goûter matrimonial se déroule tout le week-end de Pentecôte. Le programme des vendredi, samedi et dimanche peut varier selon les années mais celui du lundi de Pentecôte reste inchangé depuis l’origine : plantation de l’arbre de mai (et/ou placement des branches de mai dans la commune), l’aubade aux Ecaussinnettes (les jeunes filles sont invitées le matin à passer dans différents commerces), accueil des célibataires, cortège depuis la gare pour guider les célibataires venus en train vers les lieux de fête, goûter offert par les jeunes filles (mastelle et café) aux célibataires, discours de la Présidente du Goûter et concerts de clôture. S’ajoutent depuis les années 1955 les premiers « mariages d’un jour » devenus un moment folklorique incontournable et comique.

Dans la nuit du dimanche au lundi, vers 4 ou 5h du matin, la Bachellerie du Mai (composée de garçons entre 16 et 25 ans) plantent l’arbre de bouleau sur la place des Comtes van der Burch. L’arbre est planté en chanson a cappella et avec un petit pas de danse. La chanson la plus propice à la plantation de l’arbre de Mai est « La petite Gayole » de Julos Beaucarne. Celui-ci l’a rendue populaire dans toute la Wallonie mais la version répandue ne contient que des deux premières strophes de la chanson. Les Amis du Folklore ont réussi à se procurer la chanson en son entièreté. Le sens en parait alors beaucoup plus évident. Elle était chantée spécifiquement le jour d’un mariage.

La journée folklorique peut alors officiellement commencer

Le lundi de Pentecôte est la consécration de la Présidente et de ses demoiselles d’honneur qui l’attendent toute l’année. La journée commence tôt : dès cinq heures du matin elles sont coiffées, maquillées tour à tour. Elles rejoignent ensuite la maison de la Présidente pour s’y habiller, si tout va bien vers les sept heures du matin. A 8h, chacune se présente à la foule rassemblée devant le porche (la 4ème demoiselle d’abord, on termine par la présentation de la Présidente). On entame alors un air de musique et la journée festive commence. Souvent, la Présidente offre le petit-déjeuner à ses convives. Ensuite, les demoiselles parcourent les rues d’Ecaussinnes et réveillent le village aux coups de klaxon.
Les demoiselles sont véhiculées dans une belle voiture ancienne vers le centre de la Commune. Elles se rendent ensuite chez les commerçants qui les invitent à venir boire un verre. Les Amis du Folklore ont baptisé cette première sortie : « l’aubade aux Ecaussinnettes ». Elles terminent leur tour vers 11h30 afin de recevoir les célibataires candidats au mariage. Actuellement, les inscriptions au mariage se déroulent le lundi matin, entre 9h et 12h. Les candidats reçoivent alors la tasse souvenir (1) qui leur servira au Goûter pour le café.
Vers 11h30, la Présidente et ses Demoiselles d’honneur sont accueillies sur le podium et le bourgmestre en fonction déclame quelques mots en leur honneur (des cadeaux leur sont offerts également) et souhaite la bienvenue aux célibataires en recherche de l’âme sœur. La Présidente remercie les attentions et souhaite bonne chance aux célibataires du jour. Le speech se termine avec le chant wallon « La petite Gayole », chanté expressément le jour des mariages. Enfin, la Présidente se retire avec ses demoiselles et leurs familles pour se restaurer et se rendre à la gare pour le Cortège.

L'arrivée des célibataires

La plupart des célibataires, jusque dans les années 60-70, se rendaient au Goûter matrimonial en train. La gare ne se situant pas tout à côté du lieu des festivités, les Écaussinnettes attendaient les visiteurs qui descendaient des trains spécialement affrétés pour la fête et constituaient un cortège animé (de jeunes filles en liesse, de musiciens, d’artistes de rue, de groupes de célibataires réunis sous une bannière originale,…) afin de conduire tout ce beau monde sur la place des Comtes van der Burch, à près de deux kilomètres de la gare d’Écaussinnes.

Depuis cette époque, les célibataires se déplacent beaucoup moins en train mais le cortège a toujours bien lieu. Il est maintenant l’occasion pour les Écaussinnois du coin de se rendre sur le pas de leur porte et d’admirer le carrosse de la Présidente et de ses Demoiselles ainsi que les nombreuses animations musicales ou artistiques. De temps à autre, les ambassadrices du jour descendent de leur carrosse pour se prêter à un petit cramignon. Il s’agit d’une danse deux à deux, en colonne, qui serpente le long du chemin. Les Amis du Folklore ont vu sur les affiches des Goûters matrimoniaux jusque dans les années 1960 la mention de « cramignons ». Ils ont alors découvert que les cramignons avaient encore bien lieu en Belgique du côté de Virton et de Liège. Il s’agit sans doute d’une spécificité folklorique à mettre en avant. Nos demoiselles dansent aussi en manège afin de montrer leur belle robe aux spectateurs qui peuvent avoir également l’opportunité de danser avec elles.

Arrivée du cortège et mariages d'un jour

Le cortège arrive entre 15h30 et 16h au lieu des mariages d’un jour, la Présidente et ses demoiselles assistent alors à la proclamation des mariages présentée par le Maître de cérémonie, Rudy (depuis une trentaine d’années, Rudy est un coiffeur Écaussinnois très connu et souvent mis en lumière dans les médias). Les marieurs, suite à l’inscription des candidats du matin, se réunissent à huis clos pour créer des unions d’un jour entre les célibataires selon les désirs plus ou moins rencontrés de chacun. Une attention particulière est néanmoins accordée aux desiderata des uns et des autres car le but de l’opération est de mettre les invités à l’aise et de ne pas assembler des couples coûte que coûte. Certains célibataires arrivent parfois avec une détresse sentimentale dont les marieurs ont conscience et tentent, tant que possible, de satisfaire les envies. Les heureux chanceux se rencontrent alors sur le podium dans une ambiance chaleureuse et bienveillante et reçoivent le diplôme de leur mariage d’un jour signé par la Présidente de l’année, ils sont invités à signer le Livre d’or, qui est depuis 1906 le passage presque obligé de tous les célibataires. Ils sont ensuite libres de poursuivre leur union lors du fameux Goûter (qui a lieu vers les 16 heures) autour d’une mastelle (2) (petit pain traditionnel issu de la recuisson d’un pistolet dont la recette a été modernisée, il s’agit maintenant d’un biscuit sablé en forme de cœur) et d’un café ou d’un thé.

Le discours de la Présidente

C’est alors le moment du discours de la Présidente. Depuis 1903, chaque Présidente du Goûter prépare ses mots de bienvenue aux visiteurs, de réconfort aux célibataires déçus, rappelle les origines de la fête, remercie les différents intervenants. A travers les époques, les discours révèlent des anecdotes et des modes de pensée qui ont bien entendu évolué. Il faut cependant remarquer l’audace et le courage des premières Présidentes du Goûter qui devaient faire face à un public aux idées parfois surannées.
La journée de la Présidente et de ses Demoiselles se termine dans les joies musicales des concerts et le Goûter se clôture sous les auspices de l’amour pour les couples chanceux.

(1) Chaque Goûter matrimonial a sa tasse attitrée. Elle diffère chaque année en forme, couleur de textes et citation. Reste immanquablement les mentions suivantes : « Souvenir du Goûter matrimonial d’Écaussinnes – Lundi de Pentecôte – Année » et une représentation du Château-Fort.

(2) Plus connue comme ingrédient de la tarte aux masteilles ou tarte « Gouyasse » à Ath, la mastelle était déjà la collation associée au Goûter depuis l’origine. Sa recette actuelle consiste en un sablé sucré en forme de cœur.